L'amour du pouvoir · Ḥubb ar-riʾāsa · la passion cachée — ash-shahwa al-khafiyya
De toutes les maladies du cœur, c'est la plus cachée — celle que ses victimes ne soupçonnent pas. Le marchand sait qu'il aime l'argent ; l'homme qui regarde sait qu'il convoite. Mais celui qui veut « être la tête » des autres se persuade presque toujours qu'il ne cherche que la vérité, le bien commun, le service du dīn. C'est pourquoi les Salaf l'appelaient ash-shahwa al-khafiyya — la passion cachée.
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« Deux loups affamés lâchés dans un troupeau ne lui sont pas plus destructeurs que ne l'est, pour la religion d'un homme, son avidité pour la richesse et pour les honneurs. »
Source : Tirmidhī 2376 (ṣaḥīḥ) — Kaʿb ibn Mālik al-Anṣārī
Shaddād ibn Aws, Compagnon, pleurait en disant : « Ce que je crains le plus pour vous, c'est la passion cachée et l'ostentation manifeste. » Lorsqu'on demanda à l'imām Abū Dāwūd as-Sijistānī ce qu'était cette « passion cachée », il répondit en deux mots : ḥubb ar-riʾāsa — l'amour du pouvoir. Cette interprétation a fait autorité chez les gens de science. La passion est dite cachée parce qu'elle est ce que l'homme ignore le plus de lui-même : « il y a des hommes en qui l'amour du pouvoir reste tapi sans qu'ils s'en rendent compte » dit Ibn Taymiyya — « il croit même y avoir renoncé pendant qu'il s'enracine dans son adoration. »
De la racine r-ʾ-s — la tête. La riʾāsa, c'est se trouver « la tête » des autres : leur guide, leur référence, leur chef. Or les hommes ont besoin de têtes : Ibn Taymiyya rappelle que « diriger les affaires des hommes est l'une des plus grandes obligations du dīn — sans cela, ni le dīn ni la dunyā ne tiennent debout. »
Le problème n'est donc pas la fonction. Le problème est l'amour de la fonction — ce que le cœur fait avec elle.
Le Prophète ﷺ à ʿAbd ar-Raḥmān ibn Samura :
« Ne demande pas le commandement — car si on te le donne après que tu l'as demandé, tu y seras livré ; et si on te le donne sans que tu l'aies demandé, tu seras assisté pour l'exercer. » — Bukhārī 7146 · Muslim 1652.
Ibn Rajab, dans son commentaire du hadith des deux loups, distingue deux formes de quête de prééminence :
Le grand renonçant disait :
On confond souvent ḥubb ar-riʾāsa et riyāʾ. La distinction est nette :
C'est la même racine que la première chute : Iblīs ne refusa pas de se prosterner par paresse — il refusa par orgueil de prééminence. « Je suis meilleur que lui » (al-Aʿrāf 12). La riʾāsa est l'orgueil mis en mouvement vers l'autre.
Wahb ibn Munabbih écrivit à Makḥūl : « Tu as obtenu, par le savoir extérieur, une place et une dignité auprès des gens. Cherche, par le savoir intérieur, une place et un rang auprès d'Allah. Et sache que l'une de ces deux places empêche l'autre. » Le savant qui s'attache à son rang dans les cœurs des gens en fait sa part — et coupe par là sa part auprès d'Allah.
Hadith d'Abū Mūsā : deux hommes vinrent demander une charge au Prophète ﷺ. Il dit :
« Par Allah, nous ne confions cette charge ni à celui qui la demande, ni à celui qui la convoite. » — Bukhārī 7149 · Muslim 1733. Refuser la fonction au demandeur est la première discipline collective.
Ne pas trancher seul ni avant la fonction (consulter les conseillers sincères avant d'accepter), ni après (consulter pour ne pas s'autocrater). Allah a dit à Son Prophète : « et consulte-les dans l'affaire » (Āl ʿImrān 159).
Ibn Ḥibbān : « Les chefs sont les hommes les plus tourmentés, les plus continuellement chagrins, les plus encombrés de cœur, les plus exposés aux défauts publics, les plus entourés d'ennemis, les plus accablés de regrets, et — au Jour du Jugement — les plus longuement comptables, les plus durement châtiés s'Allah ne les pardonne pas. »
Le Prophète ﷺ à Abū Dharr : « Tu es faible, et c'est une responsabilité — et au Jour de la Résurrection une humiliation et un regret, sauf pour qui en a pris la juste mesure et acquitté ce qu'il devait. » (Muslim 1825). Connaître ses limites est un acte de piété, pas de lâcheté.
Le Prophète ﷺ enseigna ce duʿāʾ — appelant le shirk caché plus furtif « que la marche d'une fourmi noire sur un rocher noir dans la nuit noire » :
« Ô Allah, je cherche refuge auprès de Toi contre le fait de T'associer quoi que ce soit en pleine connaissance, et je Te demande pardon pour ce que je l'aurais fait sans le savoir. » — Aḥmad, ṣaḥīḥ.